Argo

Publié le 2 Mars 2013

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 réalisé par Ben Affleck
7 novembre 2012
 1h59
scénario : Chris Terrio
musique : Alexandre Desplat
 
  • Ben Affleck : Tony Mendez
  • Bryan Cranston : Jack O'Donnell
  • John Goodman : John Chambers
  • Alan Arkin : Lester Siegel
  • Tate Donovan : Bob Anders
  • Clea DuVall : Cora Lijek
  • Christopher Denham : Mark Lijek
  • Rory Cochrane : Lee Schatz
  • Scoot McNairy : Joe Stafford
  • Kerry Bishé : Kathy Stafford
  • Victor Garber : Ken Taylor
  • Kyle Chandler : Hamilton Jordan
 
 
 
  Aller voir l’Oscar du meilleur film 2013 deux jours après la cérémonie, ça fait mauvais genre. Mais Argo me faisait de l’œil depuis sa sortie en novembre, et les Oscars furent l’étincelle qui embrasa ma curiosité. La séance était à une heure parfaite, le film (miracle de Paris) passait toujours, et l’avalanche de prix jusqu’au suspense des Oscars qui n’étaient pas acquis d’avance à Argo sonnait comme une résurrection pour Ben Affleck, commencée avec deux premières réalisations encensées par la critique (Gone Baby Gone et The Town).
  Et il est vrai que le phénix renaît de ses cendres. Il m’a fallu quelque temps pour reprendre mes esprits à la fin de la séance. J’étais vidée. Pas le même vide douloureux et cathartique de De rouille et d’os, mais un vide libérateur. Reposant. Et jubilatoire. De tels films, j’en redemande.
 
  L’histoire est simple, mais tirée de faits réels : après la révolution de 1979, des manifestations antiaméricaines se déroulent en Iran, attaquent l’ambassade américaine et prennent en otage les soixante membres. Six réussissent à s’échapper (magistrale première séquence du film, qui annonce le degré de tension permanente) et se réfugient dans l’ambassade canadienne. Hésitantes, les autorités américaines n’ont bientôt plus d’autres choix que de les exfiltrer. Tony Mendez, agent de la CIA est chargé de la mission.
Pour ceux à qui cet épisode de l’Histoire n’est pas étranger, le sort des soixante otages, la partie immergée de l’iceberg, est probablement connu ; c’était mon cas. Mais si vous ne cédez pas à la tentation de jeter un coup d’œil rapide sur Internet pour connaître le destin des six otages, vous douterez jusqu’à la dernière seconde de l’issue de l’opération. Et rarement un film ne m’aura tenue en haleine à ce point.
 
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   Argo se met au service de son histoire et non l’inverse. Et c’est l’Histoire avec un H majuscule que l’on vit, et cela se ressent dans la retenue de chaque plan. Pas de morale dégoulinante, pas de bons sentiments, pas d’orientalisme. Même Hollywood en prend pour son grade, bien que Ben Affleck ne lui confisque pas entièrement sa gloire d’antan et ses rêves d’héroïsme.
Alors oui la fin est joyeuse et la critique manque peut-être un peu de profondeur. Mais les piques d’ironie et les sous-entendus suffisent à faire craquer le vernis de la sainte Amérique, et au final,  Ben Affleck évite les écueils de la caricature. La magnifique présentation du début en images de synthèse (qui me fait comme souvent admirer le décalage entre la finesse des traits et l’horreur du propos), prouve que le film n’entend pas oublier la responsabilité des Etats-Unis. Même s’il s’agit avant tout de dénoncer, plus ou moins subtilement, les dessous d’un régime iranien dont les exactions en font un tyran au même titre que le Shah (et qui perdure encore aujourd’hui, ne l’oublions pas). Le générique de fin est une autre preuve du réalisme revendiqué du film.
 
  Malgré cette dimension historique écrasante, Argo sait aussi rester à hauteur d’homme, d’abord parce qu’il se focalise sur le personnage de Mendez. Le meneur d’hommes est loin d’avoir la carrure d’un super-héros : c’est d’abord un père et un homme consciencieux et dévoué à sa mission, avant tout constituée d’hommes et de femmes. Il faut ici saluer les performances de l’intégralité des acteurs, qui ont su se fondre derrière les personnes réelles qu’ils incarnaient pour littéralement nous faire vivre l’Histoire - Ben Affleck en tête, très loin de l’image de golden boy de Pearl Harbour, tout en intensité mêlée d’humilité.
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   Affleck acteur et Affleck réalisateur. Il maîtrise son sujet et son film, dans l’histoire comme dans l’atmosphère, mêlant habilement les images d’archives à la reconstitution, le suspense au récit d’un événement dont les ressorts politique et les implications ne sont pas oubliées. La tension constante n’est pas due à une violence excessive mais des attentes, des regards, et une musique discrète mais néanmoins flamboyante à un des moments-clés du film, dont les frissons qu’elle m’a procurés portaient la signature d’Alexandre Desplat.
 
  Voilà ce qui manque peut-être au cinéma français, mais que le cinéma américain ne produit pas non plus si souvent : des films intelligents, grandioses dans leur sujet qu’ils en deviennent presque intimidants, mais qui savent rester grand public en offrant à chacun différents niveaux de lecture. Ces films demandent à être revus pour profiter de toutes leurs facettes, sans pour autant rester obscurs ou trop cérébraux au premier visionnage. Argo réunit ces qualités : film à suspense qui n’étouffe pas la dimension politique et historique dont on peut encore trouver des répercussions aujourd’hui, remarquablement joué mais avec humilité. Il a aussi le mérite de mettre des visages, des noms et des sensations sur un épisode de l’Histoire, ce qui n’est pas si commun. Certes, je doute qu’historiquement Argo soit complétement juste et objectif, mais le réduire à ce défaut inéluctable loin d’être ici très prononcé serait injuste, et Lester Siegel vous dirait sûrement que vous n’avez qu’à « Argo fuck yourself, with all due respect ». Une réplique culte pour un film qui ne l’est pas moins.
 
 
 
 
Bonus :
  http://l1.yimg.com/bt/api/res/1.2/npvZq6DAsWy5nduyGzCA.Q--/YXBwaWQ9eW5ld3M7cT04NTt3PTYwMA--/http://media.zenfs.com/en_us/News/Reuters/2013-02-25T085845Z_2_APAE91O0MXS00_RTROPTP_2_OFRTP-CINEMA-OSCARS-20130225.JPG    Ben Affleck fait partie des acteurs devenus réalisateurs au même titre que George Clooney, par ailleurs producteur du film.
  Argo a remporté 3 Oscars : meilleur film, meilleur scénario adapté, meilleur montage. Mais aussi le BAFTA du meilleur film et du meilleur réalisateur, le Golden Globes du meilleur film dramatique et du meilleur réalisateur, le Directors Guild of America Awards du meilleur film, le Screen Actors Guild Award spour l'ensemble d'acteurs, le Writers Guild of America Awards...

Rédigé par Captain Mel

Publié dans #Cinéma

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