C'est en hiver que les jours rallongent

Publié le 3 Avril 2013

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C'est en hiver que les jours rallongent

Joseph Bialot

Seuil

Octobre 2002

281 pages 

    

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Comment raconter par des mots le récit d’une horreur que les mots de sa propre victime parviennent à peine à décrire ?

« Tout le monde écoute, personne n’entend. Peut-être l’horreur ne peut-elle s’écrire qu’avec des hiéroglyphes non encore décryptés à ce jour. »

« La mort vécue ne peut pas se raconter. »

 

Il faut pourtant essayer. Pour la mémoire.

 

Le récit est décousu mais le contenu ne l’est jamais. Vérité implacable de l’enfer.

Auschwitz.

Le nom seul fait frémir. Alors son histoire ?

« Auschwitz ne peut pas être « mis en mot », ni en images, ni en sons ».

Le récit est édifiant. Glaçant. Mes mots sont impuissants, la peur, la faim, la négation de l’individu perdent leur sens. La mort aussi. Mais ses mots, simples, images fugaces, frappantes, touchent en plein cœur. KO répétés. Ne reflétant pourtant, j’en suis persuadée, pas même le dixième de la réalité. D’autant que Joseph Bialot est un rescapé du « sanatorium ». La période la plus "tendre" d’Auschwitz. Mais alors à quoi ressemble l’enfer de l’enfer ?

Et pourtant. Malgré l’horreur, malgré ces mois au creux de l’enfer, la beauté qui renaît à la sortie des camps. L’ironie au détour d’une page. Et la poésie. Qui fait couler les larmes, ces larmes captives d’un corps paralysé par l’effroi. La sensibilité et l’humanité d’un homme dont le « vernis civilisateur » ne devait pas résister au camp. Un miracle. Ou plutôt le courage. Admirable. Un exemple. Une inspiration. L’espoir.

Se souvenir.

Les mots défilent de plus en plus vite, sans que l’esprit ou le corps ne puissent les arrêter. Pour atteindre le bout du tunnel. La dernière page. La vie. Respirer de nouveau.

La tentation est grande de jeter le livre au loin, de détourner les yeux et la pensée de cette vérité que nous n’aurions pas voulu connaître. Les mots s’éloignent peu à peu, mais restent latents. Ils sont gravés dans nos cœurs et nos consciences.

Pour que jamais l’on oublie. Jamais. 

Rédigé par Captain Mel

Publié dans #Lecture

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