Collection Howard Greenberg - Fondation Henri Cartier-Bresson

Publié le 16 Avril 2013

  Les spécialistes parlent de l’exposition Howard Greenberg, galeriste new-yorkais de renom, comme de la présentation d’une collection « exceptionnelle », marquée par la présence de grands noms de la photographie : Diane Arbus, Dorothea Lange... Je ne suis qu’une néophyte, alors je ne vous livrerai pas un avis d’expert, juste un panel d’émotions et de réflexions qu’ont suscitées en moi les différentes œuvres.
La curiosité de découvrir la photo et surtout la présence d’une des photographies de ma brochure d’histoire contemporaine m’ont poussée à passer la porte de la Fondation Henri Cartier-Bresson.
   
  Au détour d’une petite rue, bien cachée, se trouve la Fondation,  tout en hauteur. L’exposition se répartit sur deux étages, le troisième étant aménagé en une salle d’attente, entourée de plusieurs photographies d’Henri Cartier-Bresson et proposant ouvrages sur le sujet et livre d’or.
  Les deux salles, carrés dépourvus de toute ouverture extérieure, me paraissaient bien petites pour renfermer ce que j’imaginais comme une « grande » collection. Pourtant, l’amie avec qui j’étais et moi-même sommes restées presque deux heures pour tout voir et surtout, essayer de comprendre.
  Toutes les photographies sont en noir et blanc, et la plupart des tirages sont d’époque. J’avoue être passée à côté des premières œuvres de l’exposition, plus abstraites. J’imagine que l’intérêt de ces photos, les natures mortes par exemple, résident avant tout dans la technique utilisée, le traitement de la lumière…
La première photographie qui m’a réellement touchée est l’image d’un homme essayant de tourner le boulon d’une grande machine. La courbe de son corps prolongeant la rondeur de l’engin, les nuances de gris, le naturel d’un mouvement effectué des centaines de fois qui contrastait avec la composition recherchée de la photo, formaient une œuvre belle, maîtrisée et expressive. Car la photo, je l’ai découvert, débute, raconte et finit des histoires.
Elle est source de ces « il était une fois » dont j’aimerais écrire la suite : elle pose un cadre, un mouvement, dont chacun imagine la suite. Comme cet enfant qui court au-devant d’une foule dans les rues de New-York, seul, libre et heureux. Ou cette jeune fille qui se coiffe délicatement : où se rend-elle ?
   http://4.bp.blogspot.com/-mroaguZUS_0/T6AjzOLMIII/AAAAAAAAAvE/NWAUpW9V8MQ/s640/Img+Migrant+Mother.jpg
     Migrant Mother, Dorothea Lange, 1936
 
    

La photographie conte des morceaux de vie, voire d’Histoire. Cet aspect documentaire m’émeut, mais est aussi riche d’enseignements. On découvre ainsi les rues enneigées et vides du ghetto de Varsovie, où la liberté, sous forme d’une colombe, est enfermée dans une cage de bois. Ou encore cette femme au regard triste mais battant, au visage tanné par le soleil, vieillie bien avant l’heure, qui sert auprès d’elle ses enfants, petits hommes sans noms et presque sans visages. Elle résiste encore pour eux dans l’âpreté de l’errance de ses difficiles années de Dépression : mais pour combien de temps ? On peut aussi citer ces travailleuses noires dans les champs de coton, traînant derrière elles des sacs deux fois plus grands qu’elles, dont la présence au premier plan ne fait que souligner l’énormité du travail, et cette file de pauvres gens, en attente d’un peu de pain après une inondation, mis au ban de cet « American Way of Life » vantée par la publicité qui les surplombe. Et combien d’autres encore…

 
 
http://4.bp.blogspot.com/-00KJptXyYbU/TWG2oEV0VNI/AAAAAAAAAFM/IAtSD2ixJbc/s1600/Image-Highest+Standard+of+Living--american+way--Magaret+Bourke-White.jpg
 Bread Line during the Louisville Flood, Margaret Bourke-White, 1937
 

 

La photographie peut aussi saisir la fin d’une histoire. Je pense ici à une image qui m’a choquée par sa violence, à jamais imprimée sur papier glacé. Un militaire vietnamien abat de sang-froid un autre vietnamien, dont le visage porte la douleur et le regard vitreux de la mort.

   La photographie est un instrument puissant, parce que le photographe révèle à nos yeux ce que l’on ne voit pas : la vérité et la gravité d’un moment, comme les œuvres que j’ai pu citer plus haut, ou leur simple beauté, leur poésie. Bandes de vieux accoudés à un bar, l’ombre de la devanture masquant leur tête pour ne laisser que des corps rieurs. Petit enfant papillon. Fleur d’une femme face aux fusils des militaires. Lignes harmonieuses de la structure d’une gare.

 

   La photographie est complète : chaque photographe possède son identité, sa poésie, ses modèles et poursuit des buts différents. Mais chaque visiteur, je pense, peut trouver l’œuvre qui saura le toucher, par son vécu, sa signification, ou sa simple composition.

De mon regard vierge de toute influence, je conseillerais à tous les néophytes de nourrir leurs yeux de ces différences, dans l’ambiance feutrée et délicieusement rétro, il faut le reconnaître, de ces photographies en noir et blanc.

 
 
 
Du 16 janvier au 28 avril
 
Fondation Henri Cartier-Bresson
2, impasse Lebouis
75014 Paris
 

Rédigé par Captain Mel

Publié dans #Expositions - visites

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Manicau 17/04/2013 09:46

Ces belles lignes donnent envie de visiter cette exposition, moi, qui suis amateur de photos.

Captain Mel 17/04/2013 18:49



Merci beaucoup :)