Exposition Dali - Centre Georges Pompidou

Publié le 27 Février 2013

  Depuis le 21 novembre et jusqu’au 25 mars 2013, le Centre Georges Pompidou présente une exposition majeure sur Salvador Dali. Peintre et sculpteur controversé, représentant emblématique du surréalisme, Dali avait eu la chance d’être reconnu de son vivant, bénéficiant d’une première rétrospective dans les premières années du Centre Georges Pompidou. Trente ans plus tard, le musée honore une nouvelle fois l’extravagance de cet artiste phare du XXe siècle.
http://www.thesqueeze.net/var/ezflow_site/storage/images/all-categories/culture/exhibitions/salvador-dali-at-the-centre-pompidou/51425-1-fre-FR/Salvador-Dali-at-The-Centre-Pompidou_article_top.jpg 
 
Cette exposition a pour premier but de mettre en avant la production, notamment picturale, de Dali. A la fin de sa vie, Dali était avant tout connu pour son extravagance médiatique, ses publicités, ses interventions télévisées, laissant dans l’ombre son œuvre, véritable manifeste de son génie.
La richesse de cette exposition est à la hauteur de la production de Dali. Plus de 200 œuvres sont exposées : peintures, sculptures, extraits de films, constructions expérimentales. Elles montrent la diversité mais aussi la complexité de l’œuvre de Dali. La salle en elle-même, située au 6e étage du Centre, reflète les méandres de l’esprit de Dali. Des peintures sont accrochées au mur ; au centre une  salle de cinéma et un petit théâtre expérimental ; partout des îlots contenant peintures, sculptures, écrans, miroirs. Je conseille aux visiteurs de prévoir au minimum 2h de visite, mais un après-midi entier est nécessaire pour profiter de l’exposition dans son intégralité et dans toute sa complexité.
  Le point négatif serait peut-être un manque d’explications. Un dépliant de trois pages, disponible à l’entrée, présente les points essentiels de la vie personnelle et artistique de Dali, permettant d’appréhender ses excentricités et les fondements de sa peinture. Les explications du dépliant sont également disponibles sur de grands panneaux thématiques (la division en elle-même est intéressante). Néanmoins, les œuvres n’ont droit à aucune explication plus détaillée, ce qui peut poser problème connaissant la symbolique particulière de Dali et le scepticisme que l’on peut ressentir face à certaines toiles. Cependant, l’avantage est de laisser à chacun la possibilité de se faire sa propre opinion des idées, méthodes et de la personnalité de Dali. De plus, les œuvres ludiques et de nombreux films sont accessibles sans aucun problème.
 
  J’ai eu la chance pour ma part de bénéficier d’une visite guidée d’1h30 avec un conférencier, qui m’a beaucoup aidée à comprendre l’œuvre de Dali, et a surtout fait apparaître l’homme derrière le génie excentrique. L’audioguide peut également être une bonne solution pour profiter au maximum de la visite. Pour ce qui est de la visite guidée, les explications compensent largement le supplément (4€50 pour la visite guidée en tarif plein, 5€ (sous réserve) pour l’audioguide).
  http://1.bp.blogspot.com/_fQ9UAlCIPQ4/SIQbUr8I1rI/AAAAAAAAATo/dXMXCSteXRw/s400/softcma.jpg
Construction molle aux haricots bouillis - Prémonition de la guerre civile - 1936 ; avant même le début de la guerre civile, Dali dépeint les horreurs qui menacent l'Espagne 
    
  Sans faire un résumé exhaustif de ma visite, voici un résumé des principales informations sur Dali et quelques pistes pour comprendre son œuvre.
  Salvador Dali est né à Figueres en 1904. Il conservera toute sa vie son amour pour la Catalogne, notamment les paysages, que l’on retrouve dans ses peintures de jeunesse et ponctuellement par la suite. Il est élevé par des femmes : sa mère, sa sœur à qui il voue un amour quasi incestueux. Il se coupera assez tôt de son père, sévère, et qui n’accepte ni les peintures ni la femme de Dali. Un fantôme plane sur la famille Dali : un frère, également prénommé Salvador, mort neuf mois avant la naissance de Dali, qui marquera fortement le peintre qui se verra toujours sous cette nature double.
Dali, passionné très tôt par la peinture, étudie aux Beaux-Arts de Madrid. Il admire, et admirera toujours les grands maîtres de la peinture classique : Raphaël, Vermeer, De Vinci, Velázquez, mais aussi des artistes plus contemporains dont il s’inspirera : Picasso, Miro.
 
http://www.mus.ulaval.ca/lacasse/cours/Seminaires/Oeuvre/Images/Dali-Self-Potrait-as-Mona-Lisa-1954.jpg
 Autoportrait en Mona Lisa - 1954 ; ou comment détourner les maîtres pour mieux leur rendre hommage et se rendre hommage
 
Pendant ses études, il rencontre Federico Garcia Lorca et Luis Buñuel, avec qui il réalisera le Chien Andalou notamment. Il visite une première fois Paris en 1926, puis s’y installe dans les années 30. Il rencontre les surréalistes, avec qui il aura toujours des relations particulières, du fait de l’engagement politique fort des artistes, alors que Dali a peur de l’Histoire. Pour autant, il ne reste pas neutre (même si son orientation politique ne sera jamais vraiment claire) ; mais l’influence sur son art est différente que pour les surréalistes. Et la liberté tient une place majeure dans sa vie.
Une liberté qui lui autorise tout, sans forcément beaucoup d’attention aux autres : Dali, il faut le reconnaître est un peintre égoïste. D’où la difficulté de décrypter ses références, propres et personnelles. Il développe sa propre méthode, la paranoïa-critique, très bien résumée par le dépliant de l’exposition. Il s’agit (entre autre, car la méthode est bien plus complexe) d’extérioriser ses paranoïas, ses peurs par l’art. On retrouve ainsi des thèmes récurrents dans l’œuvre de Dali. En premier lieu les notions d’Eros (l’érotisme, la femme trompeuse mais qui fait découvrir les plaisirs) et du Thanatos (la mort), qui se mêlent, qui forment la vie. Dali accorde aussi beaucoup d’importance à la nourriture et la bouche : tous les sentiments, toutes les sensations passent par la bouche. L’artiste lui-même ingère par les yeux et la bouche puis digère pour produire son œuvre. Il a un rapport particulier au temps : une de ses œuvres les plus célèbres, Persistance de la mémoire, et ses montres molles, soulignent l’élasticité du temps. Un temps qui passe, symbolisé par les fourmis présentes sur beaucoup de toiles. Dali n’échappe pas aux avancées de son temps : biologique (l’ADN) et technologiques (la bombe atomique, qui marque fortement les œuvres post-deuxième guerre mondiale). L’œuf est une autre notion centrale pour Dali, qui disait se souvenir des sensations, couleurs et formes, qu’il avait vécues dans le ventre de sa mère. D’ailleurs l’exposition débute par un œuf, création de Dali, qui nous place aussitôt dans la tête de l’artiste.
 
http://a133.idata.over-blog.com/400x300/1/12/65/32/RECITS-DE-VOYAGE/Dali-persistance-memoire-1931-.jpg
 Persistance de la mémoire - 1931
 
De nombreuses références sexuelles parsèment l’œuvre de Dali. Il a longtemps douté de son orientation sexuelle, avant de rencontrer Gala, alors mariée à Paul Eluard, mais qui le quitte pour lui. Gala a été la femme de sa vie, sa muse, et une aide indispensable, que seule la mort pouvait séparer.
http://artimeless.files.wordpress.com/2012/11/le-grand-masturbateur-salvador-dali-exposition-centre-pompidou.png
Le Grand Masturbateur - 1929
Le Grand Masturbateur devient la représentation de Dali, une sorte "d'auto-portrait" symbolique ; on le retrouve dans plusieurs autres oeuvres. Le visage de femme est celui de Gala.
 
En 1939, la menace de la guerre oblige Dali et Gala à partir aux Etats-Unis. Dali continue cependant son œuvre prolifique, travaillant avec Walt Disney et Alfred Hitchcock. Les décennies suivantes sont marquées par la présence télévisuelle de Dali, comme on peut le découvrir dans l’exposition, et l’affirmation de son image de provocateur, même si cette provocation le suit depuis ses débuts. Ses dernières œuvres sont marquées par la religion (la position de Dali reste ambiguë, mais il semblait croire que la science révélerait Dieu), les nouveaux courants des années 70 et 80, et pour La pêche au thon, un concentré des mouvements, classiques ou contemporains, qu’il a pu connaître et expérimenter. Il meurt en 1989, sept ans après Gala, après 85 années prolifiques qui font aujourd’hui de l’exposition du Centre Pompidou l’une des plus impressionnantes que j’ai pu découvrir.
 
Destino, ou l'histoire d'amour entre le Temps et une mortelle. Poétique et magistral. Dali ne laissa que quelques minutes de pellicules après que Walt Disney ait abandonné le projet. En 2009, le neveu de Walt Disney et un réalisateur français terminent le court métrage dans l'esprit de Dali, et nous offrent ce bijou.
     
Les points négatifs : un manque d’information / le prix (le tarif réduit reste conséquent - mais il faut reconnaître que l’exposition les vaut sans aucun problème) / le monde (l'exposition est victime de son succès
Les points positifs : une rétrospective exceptionnelle quand on voit la provenance de nombreuses œuvres que vous n’aurez pas forcément l’occasion de revoir / la découverte ou redécouverte d’un artiste fou mais majeur pour la peinture mais aussi d’un certain côté pour l’histoire, malgré la peur qu’elle inspirait à Dali / la variété des œuvres : il n’y a pas de redites / une symbolique compliquée mais une œuvre qui peut être amusante (voir les nombreux jeux d’optique) et un artiste qui travaillait beaucoup sur les sensations / l'espace ouvert et les dispositifs ingénieux de la salle.
http://juliebouffet.files.wordpress.com/2013/02/apparition-d-un-visage-et-d-un-compotier-sur-une-plage.jpg
 Apparition d'un visage et d'un compotier sur la plage - 1938 ; saurez-vous apercevoir le visage... et le chien ?
 
Courez-y, il vous reste moins d’un mois ! Pour plus d'informations : le site de l'exposition

Rédigé par Captain Mel

Publié dans #Peinture

Commenter cet article

Marie-Claude Perrot 01/03/2013 21:12

Enfin, tu nous reviens sur ton blog, Mélinette...Je me languissais de te lire... Malgré tes contrôles à la Fac, prends le temps d'écrire, tu le fais très bien. Les sujets et le style toujours très
bons...