Le Combat d'Hiver

Publié le 1 Mai 2012

 

 

combat

 

 

   Le Combat d'Hiver

 

Jean-Claude Mourlevat

 

Gallimard Jeunesse

 

    septembre 2006   

 

330 pages

 

 

 

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Résumé :

 

 

Le Combat d'Hiver suit les pas de Milena, Bartolomeo, Helen et Milos, quatre adolescents de 17 ans qui fuient leur internat-prison pour tenter de percer le mystère de leurs parents. Leur destin sera intimement lié avec la Phalange, parti autoritaire et despotique, et la résistance qui peu à peu s'organise et conteste son pouvoir... Ils seront séparés, se retrouveront, voyageront dans des endroits atypiques, aimeront, pleureront, feront preuve de courage, de tendresse, de maturité...

 

Attention ! Je n'ai pas réussi à écrire ma chronique sans spoiler certains passages...

 

Je dois commencer par préciser deux choses. Premièrement, ma lecture a été un peu décousue, ce qui risque de fausser un peu cette chronique. Ensuite, le souvenir d'Hunger Games était encore trop présent pour que je n’aie d'autres choix que de faire le rapprochement, ce qui m'a un peu gênée.

Passés ces détails, je vous rassure : Le Combat d'Hiver est un énorme coup de cœur. Le premier chapitre, je crois, restera mon passage préféré. Jean-Claude Mourlevat plante délicieusement l'atmosphère, l'environnement dans lequel évoluent Milena et Helen : cet internat-prison qui les étouffe, le froid et l'obscurité d'un monde sans grande pitié, dont seule l'attention des consoleuses apporte un peu de chaleur, hélas éphémère. S'ensuit la rencontre avec les garçons qui donne naissance à un amour tendre et gêné. Même le quotidien de Mills et Ramsès est décrit avec une tendresse qui fait quelque peu oublier l’horreur de la réalité. Ces premiers passages sont véritablement contés, ne s’attachant pas à décrire avec précision les lieux, les personnages, mais à les peindre par petites touches. C’est en cela que l’écriture de Jean-Claude Mourlevat m’a rappelé celle de Timothée de Fombelle, et donne à l’univers de Combat d’Hiver une autre envergure.

 


L’intrigue se noue ensuite réellement par le mystère qui entoure Milena et Bartolomeo, leur fuite pour affronter leur destin. On entre alors dans une dystopie bien menée, dont l’énorme atout est selon moi de donner une dimension intemporelle au récit. On ne sait ni véritablement le lieu, ni l’époque. L’auteur s’inspire bien sûr de la réalité, mais il en mêle plusieurs : la Phalange espagnole (le parti de Franco lorsqu’il prend le pouvoir), une capitale qui rappelle Paris (le Pont des Arts), et bien sûr, les références à la Rome de Jules César (les gladiateurs). Jean-Claude Mourlevat ajoute bien sûr des éléments de sa propre imagination, notamment les internats. Son monde est ainsi entouré d’un flou travaillé, qui reflète parfaitement l’atmosphère générale qui y règne. L’auteur dénonce toutes les formes de pouvoirs autoritaires, leur violence, leur inhumanité, le besoin de sang et de pouvoir des dirigeants. Les combats de gladiateurs sont le comble de cette cruauté, mais ils m’ont laissé un goût amer dans la bouche. La cause : Hunger Games… Alors qu’avant la lecture de HG, j’aurais sans aucun doute admiré l’inventivité de Jean-Claude Mourlevat (je suis tout à fait consciente que Le Combat d’Hiver est sorti avant HG), le parallèle m’a laissé une impression de déjà-vu, qui n’était pas en faveur du Combat d’Hiver, tant la cruauté est décuplée dans HG. Le milieu du roman, qui plus est après une longue pause lecture, m’a ainsi paru plus faible que le reste.

 

Heureusement, Milos a sauvé ma lecture. Les personnages sont tous pour moi une grande découverte. Ils m’ont transportée, émue, je les ai admirés, aimés. Milena et sa force de caractère doublée d’une voix douce et profonde que je pouvais entendre. Bartolomeo, le leader au grand cœur, un brin corsaire et révolutionnaire. Helen, l’amie fidèle, à laquelle je me suis moins attachée, peut-être par son caractère « candide amoureuse » du début (Suis-je amoureuse ? Ne le suis-je pas), mais qui se transforme à la fin en un cri déchirant. Les doux hommes-chevaux, qui m’ont fait sourirepar une candeur et une gentillesse qu’on ne trouve plus si souvent, les consoleuses, mères de substitution qui brillent autant par les câlins que par leur courage… Sans oublier des méchants loin d’être manichéens, car cachant tous une blessure secrète, une humanité refoulée. La vie n’est ni noire ni blanche, elle se définit plus par le bleu-gris de la couverture.
Je garde Milos pour la fin, car après réflexion, il restera le personnage le plus attachant, par sa bouille rieuse et candide, une bouille d’enfant, mais un courage d’homme. Il est un pilier qui ne se repose que sur lui-même ; en ce sens, c’est le plus mature des quatre amis. Il est le seul à être véritablement séparé des autres (il lui reste Basile, mais il n’est pas la présence d’un des quatre « destinés »). Milos a certes une force incroyable, mais c’est son courage qui force le respect. Courage de tuer un homme pour survivre, tout en réussissant à conserver son humanité : il est ainsi le seul à se retrouver les mains pleines de sang. Ce qui ne l’empêche pas de montrer beaucoup de tendresse, dans ses conversations silencieuses avec les animaux (geai, souris), ou dans son amour pour Helen, également empreint de sagesse. Milos a toute mon admiration, jusque dans sa mort, qui ne l’élève pas en martyr mais en héros, un héros humain, fort et sage.

Je ne dirais jamais assez à quel point la fin est décisive dans le jugement d’un livre. Celle du Combat d’Hiver m’a laissé KO, par sa force, sa maturité, une fin magnifique, qui balaie toutes les petites remarques antérieures. On goûte aux prémices de cette fin, à sa grâce, lors de l’avancée irréelle de Milena et Bartolomeo qui, par leur aura bénie d’amants inséparables, réussissent à vaincre une armée entière. Quelques rayons fragiles peuvent à nouveau percer, mais un nuage noir subsistera toujours dans ce ciel redevenu bleu. Il n’y a pas de « happy end », le lecteur, comme le personnage, peut difficilement se remettre de la mort de Milos. Mais il part avec les honneurs et beaucoup de tendresse, comme s’il s’endormait enfin, bercé par ses souvenirs… Il y a dans cette mort beaucoup de poésie (petite souris trottinant…) et de douceur comme si Milos goûtait lui aussi au calme revenu après la tempête nommée Phalange. La reconstruction d’Helen est traitée avec la même tendresse et poésie jusque dans cette dernière phrase : « Elle regardait alors, au hasard du voyage, défiler les images secrètes de son âme : le grand fleuve tranquille qui coulait sous les ponts, l’infini poids d’amour des consoleuses, le souvenir tremblotant de ses parents engloutis et, pour toujours, le visage souriant d’un garçon aux boucles brunes ».
L’épilogue, sans être indispensable, clôt délicatement le roman, suggère le poids du temps qui passe et estompe peu à peu souvenirs comme blessures et le miracle de l’enfance, qui voit l’imaginaire devenir réalité. Certains souriraient à ce qu’ils appellent candeur et innocence, de mon côté j’admire ce que je considère comme une chance.

S’il ne devait rester qu’un mot de cette chronique, ce serait donc tendresse.

 

Rédigé par Captain Mel

Publié dans #Lecture

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Lucas 03/05/2017 16:11

en plus de ca t super moche

Lucas 03/05/2017 16:11

Ca pu literalement la race

MrsHerondale 24/10/2015 18:07

J'ai beaucoup aimé ton article, je viens de découvrir ton blog et ta façon d'écrire m'a fait transmettre ta passion, merci.

Lucas 03/05/2017 16:12

mskn

mdr 31/01/2016 21:03

te ouf toi