Opéra Garnier (2) : l'Hommage à Noureev

Publié le 14 Mars 2013

   Rudolf Noureev a été une figure emblématique de l’Opéra Garnier. C’est à la France qu’il demande l’asile politique en 1961, alors qu’il est en tournée européenne avec la compagnie du Kirov de Moscou. Staline est mort depuis huit ans mais l’URSS ne s’est pas libéralisée pour autant, et Noureev n’a qu’une peur : ne plus pouvoir danser s’il est rapatrié à Moscou. Après des années de succès et de création en Europe, il devient Directeur de l’Opéra Garnier entre 1983 et 1989 et crée au sein de la compagnie ses plus grands ballets : Le Lac des Cygnes, Casse-Noisette, Raymonda… Mais pour vous parler du génie de Noureev et sa contribution inestimable à la danse, je préfère laisser la parole à Ariane Dollfus dans sa présentation de l’Hommage à Noureev.

 

Vingt ans et deux mois après sa mort, l’Opéra Garnier se devait de rendre hommage à un de ses maîtres, qui lui a tant apporté.

 

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   L’Hommage s’ouvre sur des photographies de Noureev, en tant que danseur ou chorégraphe, en noir et blanc et en couleur : elles nous rappellent que l’œuvre de Noureev s’est construite dans la durée et la diversité.

 

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   Puis Casse-Noisette et La Belle au Bois Dormant ouvrent le bal. Le plateau est nu, mise à part un fond de scène peint. Cette absence de décors, surtout après avoir pu constater lors de la visite les miracles déjà réalisés à l’Opéra, est une petite déception. D’un autre côté, elle laisse ainsi toute la place aux danseurs. Ils brillent de mille feux dans des costumes somptueux, des tutus parés de joyaux aux uniformes orientaux.

 

   Je découvrais la danse et le ballet avec cet Hommage ; j’ai donc peur que sa dimension et sa grandeur m’aient échappé. Pour autant, je me suis retrouvée telle une petite fille ne comprenant pas ce qu’elle voit mais s’émerveillant de tout son être. De la place où j’étais installée, je ne voyais que 80% de la scène (mais c’était déjà beaucoup). Lorsque les danseurs disparaissaient de ma vue, je tendais avidement la tête pour retrouver au plus vite l’éclat d’une étoffe ou le maintien d’un port de tête. La succession des tableaux m’a permis d’entrevoir le travail de Noureev et les différentes facettes du ballet classique. La performance physique était la première à retenir mon attention : ces corps qui, dans leur désir de perfection, se tendent à l’extrême, sollicitant chaque muscle de leur corps. Cette souffrance mêlée de grâce suscitait mon admiration ; le mariage était beau. Puis l’harmonie de l’ensemble a pris le pas sur l’apparence. La rigidité néanmoins admirable des ballets plus classiques du début a cédé le pas à des ballets (un peu) plus contemporains. Cendrillon, dansé par Marie-Agnès Gillot et Florian Magnenet, était aussi léger que l’ondulation de la robe lâche de l’Etoile. Peut-être est-ce dû au bandeau années 20 de Marie-Agnès Gillot, mais je revoyais la tragique histoire d’amour des Fitzgerald prendre vie. Pour finir cette première partie, l’émotion simple a laissé la place à la chaleur et l’énergie de Don Quichotte. Le Fandango était coloré et rythmé par les robes rouges du corps de ballet. Le Pas de deux était triomphant, prodigieux pour la partie finale, et exécuté avec brio par deux Etoiles qui se répondaient.

 

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   La deuxième partie m’a paru plus harmonieuse que la première. Je pense que cela tient simplement à mon changement de place : je voyais un peu mieux, et les différents extraits me semblaient ainsi moins morcelés.

 

   L’Hommage a repris avec Raymonda, un peu court mais avec une belle énergie.

 

 Et le Lac des Cygnes, que j’attendais avec beaucoup d’impatience, est apparu. Je connais la musique de Tchaïkovski et les costumes classiques du ballet. L’Adage ne m’a pas déçue, avec la présence du Cygne Blanc et du Prince. Mais plus encore, le Pas de trois m’a surpris par l’espièglerie de la danse entre le Cygne Noir et ses deux prétendants. Il se transformait en jeu au dépend du Prince, manipulé par le Cygne et son complice, dans une belle fluidité des danseurs et des étoffes (en particulier grâce à la cape du deuxième danseur).

 

Roméo et Juliette prit la suite, pour le plus bel extrait de la soirée. Un triomphe par l’émotion de la danse, nourrie de naïveté, d’innocence, d’un amour profond mais un peu maladroit. Ce mouvement intemporel, léger et néanmoins mélancolique quand on connaît l’issue de la pièce, inspire une bienveillance mêlée d’espérance pour les deux jeunes amants si fragiles, si beaux. Une ode à l’amour et à la tendresse qui fait prendre conscience de tout le pouvoir évocateur de la danse.

 

A ce moment hors du temps a succédé Manfred. Malheureusement, le solo de Mathias Heymann était trop entrecoupé de ma place : alors qu’il dansait sur l’ensemble de la scène, les fragments que je ne pouvais voir cassaient la fluidité de l’ensemble. Mais l’Etoile aura été le danseur le plus acclamé du ballet, et qu’il est beau de voir un homme danser !

 

L’Hommage s’est terminé en triomphe avec La Bayadère. Le Corps de ballet est apparu danseuse par danseuse, dans un mouvement lent parfaitement orchestré, où se déployaient toute l’étendue du talent de Noureev et la rigueur de la danse classique. La démonstration était impressionnante, et se prolongeait en une marée de tutus ondoyant dans un ensemble parfait dans la suite de l’extrait. Le couple qui accompagnait le corps de ballet était pétillant et généreux, et l’alternance entre parties individuelles et mouvements collectifs composaient un véritable bouquet final. La Bayadère a clos en beauté la valse des ballets mythiques de Noureev, pour cet Hommageet pour l’éternité : elle est la dernière création du maître et sonne comme un magnifique adieu qui, dansé à l’infini, apporte à Noureev l’immortalité.

 

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   L’Hommage à Noureev restera une soirée hors du temps, dans un lieu mythique et propice aux rêves. Le tonnerre d’applaudissements de la salle couronne le travail et la réunion assez extraordinaire de tant de talents, talents qui se fondent dans celui de Noureev pour rendre grâce à son génie. Si Noureev continue à vivre, c’est à travers ces danseurs et danseuses émérites.

 

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Cette initiation à la danse m’a révélé un art qui m’était inconnu, et je suis curieuse de prolonger mes découvertes de cet art à la fois intuitif et pointu.

 

 

 

   Je finirais par une note plus terre-à-terre, pour vous parler des places que j’ai pu obtenir pour une soirée réservée aux abonnés et VIP. Les places dont je disposais se trouvaient en Stalles, c’est-à-dire tout en haut de l’opéra sur les côtés. Si vous avez la chance de vous trouver à l’extrémité la plus éloignée de la scène vous pouvez profiter de l’intégralité du spectacle sans problème. Sinon, vous pouvez rester debout si les personnes derrière vous se lèvent aussi (l’ambiance n’est pas sereine car les places sont resserrées et chacun essaye d’apercevoir l’intégralité de la scène, au détriment des autres quelquefois). Une autre possibilité est de se tenir debout derrière les fauteuils du balcon du dessous : une petite partie de la scène reste difficilement visible, mais pour un spectacle aussi unique, je me serais satisfaite de (presque) tout ! Ces places coûtaient 10€ : je crois (sans pouvoir m’en assurer) que les places en Stalles sont vendues au guichet pour chaque représentation, mais il est possible que le prix soit différent. En tout cas cela reste une bonne option pour les étourdis qui n’auraient pas réservé leurs places pour un spectacle qu’ils attendaient avec impatience !

 

 

Bonus :

 

La critique d'une vraie passionnée de danse, avec de superbes photos et les liens vers des vidéos de la représentation.

Rédigé par Captain Mel

Publié dans #Opéra

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